Category: Commerce de détail

Panier bleu : Appuyons-nous de la bonne façon les détaillants du Québec?

Plusieurs voix de l’industrie s’élèvent pour applaudir et/ou critiquer le projet «Le Panier Bleu». Je suis moi-même partagée au niveau de ce projet. D’un côté, c’est une bonne chose que le gouvernement décide de s’impliquer et de profiter de son audience pour sensibiliser les Québécois à l’achat local. D’un autre côté, il s’agit d’un «plaster» sur un problème beaucoup plus grand auquel le secteur du commerce de détail est confronté depuis plusieurs années.

Pour avoir fait de l’accompagnement auprès de 400 détaillants (de l’artisan aux grandes chaînes) au cours des dernières années, les besoins réels sont plus grands qu’un simple répertoire qui donne de la visibilité.

Le portrait avant le confinement

La réalité au Québec, c’est que nous sommes en retard d’un point de vue numérique.

Selon une étude de Détail Québec, le Canada est en retard en comparaison à d’autres pays à hauts revenus, tels que les États-Unis. « Ce retard s’explique par le grand nombre de petites entreprises canadiennes qui n’ont pas de site Internet […] Pour ces raisons, les consommateurs canadiens consacrent plus du tiers de leurs dépenses en ligne à des entreprises américaines. »

Pour expliquer ce constat et selon mon expérience, ce n’est pas par manque de volonté puisque les commerçants sont conscients des avantages du commerce électronique. C’est plutôt par manque de temps et de ressources financières; créer une boutique en ligne représente la même charge de travail que d’ouvrir un nouveau magasin.

Les enjeux d’implanter le commerce électronique dans son entreprise

Par expérience, amorcer un virage numérique en ligne amène beaucoup de réflexion, d’investissements et de prises de décision. Il faut repenser son modèle d’affaires afin de rendre l’expérience profitable. Comme je disais souvent aux détaillants, c’est bien de vouloir opérer un commerce en ligne pour faire face à la concurrence, mais il faut revenir au principe que l’objectif final est d’être rentable. Pour y arriver, il est recommandé de prendre le temps d’établir un plan stratégique, ce qui demande typiquement plusieurs semaines, voire des mois.

Par la suite, il faut penser à l’expérience client sur le site web. Les consommateurs sont habitués d’acheter en ligne et par le fait même, ont développé des exigences élevées. En effet, selon une étude du CEFRIO effectuée en 2018, les cyberacheteurs québécois accordaient de l’importance aux points suivants pour effectuer un achat en ligne :

  • 84% veulent avoir l’option de livraison gratuite.
  • 66% souhaitent que l’étiquette de retour payée soit fournie à la livraison.
  • 72% des internautes québécois consultent l’inventaire du magasin en ligne.

Le problème, c’est que toutes ces exigences de la part des consommateurs impliquent des coûts élevés à l’entreprise. C’est pourquoi il est difficile pour un petit joueur de tirer son épingle du jeu, surtout face à des concurrents comme Amazon. Pour y arriver, il faut appliquer des stratégies précises qui créeront un «win-win» pour le consommateur et le détaillant. Aussi, il faut choisir les solutions technologiques appropriées qui pourront répondre aux besoins du commerce à court et long terme.

Tout cela se met en place avec du temps, ce dont les détaillants manquent depuis le début du confinement.

Quelles solutions mettre de l’avant?

Comme mentionné, Le Panier Bleu est une excellente initiative qui sensibilise la population à consommer localement. Je crois que nous devons trouver ensemble des solutions pour soutenir les détaillants de partout au Québec.

Est-ce que c’est à travers des initiatives privées? Un centre multiusager innovant, tel que Simons a proposé, pourrait grandement bénéficier aux entreprises québécoises en offrant un ensemble de compétences et services développés par La Maison Simons dans le domaine de la mise en marché numérique.

Est-ce que c’est à travers des initiatives gouvernementales? Unprogramme d’accompagnement personnalisé aux PME du commerce de détail pour vendre en ligne pourrait outiller et aider concrètement les détaillants. Un projet semblable nommé le Virage Numérique, piloté par le CQCD en collaboration avec le gouvernement provincial, est intervenu avec succès auprès de 1325 détaillants sur une période de deux ans.

Une chose dont je suis certaine, c’est qu’il faut mettre à profit l’expertise de nos experts et qu’ensemble nous contribuerons au développement économique du Québec.

J’ai bien hâte de voir la suite de ce projet, et j’espère que le gouvernement écoutera l’opinion des commerçants et des gens qui travaillent auprès d’eux.

Et vous, que pensez-vous de l’initiative «Le panier Bleu»?